Nous devrions tous nous efforcer de ramener le débat sur la question de la réforme du marché du travail à sa juste dimension. Après tout, nous discutons de la réforme d'un marché du travail qui ne fonctionne manifestement pas, de revisiter un système inefficace et loin d'être universel d'amortisseurs sociaux et de réglementer la législation sur le licenciement individuel pour des raisons économiques et organisationnelles, de manière à pour éviter qu'elle ne constitue un obstacle à l'emploi permanent. C'est de cela qu'il s'agit. Personne n'est assez naïf pour penser que cette réforme suffit à créer des emplois Et personne n'entend bafouer les droits individuels inaliénables comme le craignent la Fiom et la CGIL, ou effacer des principes de civilisation, comme le craint Fassina. Ne le mentionnez pas! Ce n'est pas ainsi.
Mais d'où vient cette inquiétude généralisée, certes légitime mais, à mon sens, totalement infondée ? Elle découle, je crois, du fait qu'au cours des dernières décennies une certaine confusion s'est installée entre la notion de « Conquête » et celle de « Réforme » et entre la notion de « Droit Acquis » et celle de « Droit Indisponible Individuel ». Cependant, les deux choses ne sont en aucun cas équivalentes. Une « conquête » réalisée par une seule catégorie ou même par toute une classe sociale ne constitue pas nécessairement une réforme qui profite à l'ensemble de la société. Très souvent, c'est le contraire qui est vrai. De même qu'un droit acquis par un certain nombre de citoyens ne constitue pas nécessairement un droit universel indisponible.
L'histoire sociale italienne regorge de réalisations très significatives comme, par exemple, le point unique du barème mobile, le rattachement des pensions à 80 % du dernier salaire ou le loyer équitable, qui n'ont pourtant pas résisté à la à l'épreuve du temps et qui, à la longue, se sont révélées nuisibles non seulement à la société mais aussi indirectement à ceux pour qui elles ont été obtenues. Dans tous ces cas, la réalité s'est chargée de démontrer l'incertitude de ces conquêtes et de présenter aux travailleurs et au pays une facture très élevée à payer. Nous essayons, si possible, d'éviter qu'un scénario similaire ne se reproduise pour la réforme du marché du travail.
Dans la proposition du gouvernement, il n'y a pas de droits inaliénables niés, ni de principes de civilisation bafoués ! Il serait bon que ceux qui font ces déclarations pèsent mieux les mots, qui dans ce domaine sont plus que des cailloux. Il y a, en réalité, la volonté de réformer un marché du travail qui ne fonctionne pas parce qu'il exclut un grand nombre de jeunes et de femmes. Un marché du travail qui ne stimule ni ne reconnaît le professionnalisme et la productivité et qui ne favorise pas la rencontre entre l'offre et la demande. Enfin, un marché du travail qui n'aide pas ceux qui cherchent leur premier emploi à le trouver, ni ceux qui, ayant perdu un emploi, doivent en chercher un autre. C'est un marché inefficace qui, comme l'ont dit les marxistes, a échoué de façon spectaculaire dans son travail. Et c'est précisément l'« échec » du Marché du travail tel qu'il est structuré en Italie, avec ses rigidités, ses réglementations archaïques, ses liturgies contractuelles et son retard inacceptable (services de l'emploi tiers-mondistes), qui devrait pousser les syndicats et la démocratie Parties d'invoquer sa réforme et de se battre pour elle.
On ne répétera jamais assez que la véritable défense du travail (même du lieu de travail individuel) ne peut se faire qu'au sein d'un marché du travail efficace et transparent. De même qu'on ne répétera jamais assez que la meilleure garantie contre l'arbitraire en matière de licenciement individuel pour motif économique et organisationnel réside dans le développement d'un système de relations sociales de plus en plus évolué et démocratique plutôt que dans l'intervention extérieure d'un omniprésent et omniscient.
Ce devraient être les syndicats qui brandissent le drapeau de la cogestion, c'est-à-dire le drapeau d'un système de relations industrielles qui confie l'avenir de l'entreprise à une prise en charge commune des travailleurs et des entrepreneurs. Le modèle social allemand et la cogestion incluent également les règles de cooling-off, les commissions paritaires qui examinent au niveau de l'entreprise les problèmes qui se posent progressivement, dont les licenciements individuels, ainsi que le principe de l'"obligation de conciliation" qui semble pourrait être proposé par le gouvernement avec une louable intention d'apaiser les tensions. Si la discussion sur l'art. 18 nous a vraiment fait faire un pas dans la direction de l'adaptation de notre modèle de relations industrielles au modèle allemand aurait déjà atteint un résultat important. Tout ce qui permet de passer de la culture du conflit à celle de la responsabilité partagée contribue à faire de l'Italie un pays meilleur.
En tout cas, même si ceux qui, comme la CGIL et le Parti démocrate ont raison, soutiennent que la Réforme du marché du travail et de l'art. 18 n'est pas le principal problème à traiter aujourd'hui pour relancer le développement (le problème, comme on le sait et comme le dit un mantra cher surtout à la gauche, est toujours un autre), il serait très important que cette diversité d'opinions fasse ne pas prendre la forme d'anathème comme cela arrive dans les manifestations (la Dame au T-shirt qui souhaite que Fornero aille au cimetière docet).
Nous devrions tous apprendre des Britanniques qu'en cas de divergences d'opinion même radicales, ils se bornent à dire : « Nous sommes d'accord pour différer », c'est-à-dire « nous sommes d'accord pour ne pas être d'accord » sans pour autant devenir ennemis.
