Ce sera pour la douceur du climat, pour le charme de ses côtes, pour l'ambiance mille et une nuits de ses soirées d'été dans des clubs luxueux ou à bord de fabuleux yachts. Ou, en plus de tout cela, ce sera tout simplement dû à l'odeur d'argent qui s'est toujours émanée de ce bout de Sardaigne construit de toutes pièces dans les années 60 par l'Aga Khan. Le fait est que la Costa Smeralda attire les investissements des hommes les plus riches de la planète depuis plus d'un demi-siècle, parfois du Moyen-Orient : comme pour sceller une sorte de double lien entre la terre des quatre Maures et le monde arabe, inauguré par le prince ismaélite Karim Aga Khan, grand ami d'Avvocato Agnelli et véritable pionnier de Paradis touristique sarde.
fils d'Ali Khan, né en Suisse et diplômé de Harvard, il a tout inventé à partir de zéro; dont, en 1963, la compagnie aérienne Alisarda, devenue plus tard Meridiana. Ce petit miracle économique, désormais consolidé dans l'imaginaire de chacun entre les milliardaires, les yachts des très riches entrepreneurs russes et les va-et-vient des VIP et des footballeurs, est sur le point de changer à nouveau de mains. Après avoir séduit divers investisseurs au fil des décennies, dont le dernier en date était le milliardaire américain Tom Barrack, fils d'un marchand de légumes libanais et propriétaire de Colony Capital, une société de capital-investissement de 30 milliards de dollars qui contrôle depuis 2003 les hôtels de luxe appartenant à l'Aga Khan (y compris Romazzino), la Costa Smeralda se prépare à revenir aux mains des Arabes.
Et pas n'importe lequel. Celle d'un des hommes les plus riches et les plus puissants de la planète : Hamad bin Khalifa, émir du Qatar depuis 2003, appartenant à la maison royale d'Al Thani (celui, pour ainsi dire, qui a mis la main sur d'importants clubs de football européens comme Manchester City, le Paris Saint Germain et Malaga) et fondateur de la chaîne de télévision la plus influente du monde arabe, Al-Jazeera.
Prince éclairé (avec lui le Qatar est devenu en 1997 le deuxième État du golfe Persique où les femmes ont le droit de vote), Al-Thani est également Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de l'émirat, ainsi que président du fonds souverain Qatar Holding qui détient déjà 14,3% de Smeralda Holding et qui vise désormais 51%.
Pour l'instant il n'y a pas de confirmations officielles, mais tout porte à croire que l'opération aura lieu, tant pour l'intention de Barrack d'abandonner ("J'aime la Sardaigne mais s'ils ne me laissent plus investir, je vais transférer mon entreprise ailleurs", il avait menacé il y a un an), et parce que ce ne serait qu'un des grands coups du fonds souverain créé en 2006 comme bras opérationnel de la Qatar Investment Authority, qui gère déjà d'énormes richesses dans le pays du Golfe.
Pour n'en nommer que quelques-uns, en plus des clubs de football, le grand magasin britannique Harrod's, les participations dans Barclays et Credit Suisse, la participation à la Bourse de Londres, qui contrôle également Piazza Affari, les participations dans Porsche, Volkswagen et Total, l'hôtel Gallia à Milan, et récemment la participation de 1% également dans Lvmh, le groupe de luxe français contrôlé par Bernard Arnault, qu'il avait autrefois investi avec Tom Barrack dans les supermarchés Carrefour.
De l'entrepreneur d'origine libanaise Al-Thani héritera non seulement du joyau sarde mais aussi de l'équipe opérationnelle : Franco Carraro et Mariano Pasqualone resteront respectivement président et directeur général du consortium Costa Smeralda, tout comme la gestion hôtelière de Starwood dirigée par Franco Mulas sera confirmée.
Bref, cinquante ans après l'Aga Khan, rien de nouveau sous le ciel de Porto Cervo et ses alentours : l'argent continue d'arriver de l'est, et il sera toujours géré par les suspects habituels. Suffira-t-il que le soleil ne se couche jamais sur l'île la plus en vogue d'Europe ?
