Il y a beaucoup de bruit qui circule fin de l'austérité: L'Europe nous a sorti de la mauvaise liste et donc maintenant tout le monde, à commencer par les politiques, pense que l'État peut revenir au bon vieux temps où tous les niveaux de l'administration publique étaient prêts à satisfaire les demandes les plus variées des citoyens-électeurs. Attention, personne n'aime l'austérité. Depuis qu'il a été prêché avec une attitude moraliste depuis Berlinguer il y a de nombreuses années, nous avons soutenu que faire des sacrifices pouvait être un moyen de surmonter un moment de difficulté, mais certainement pas une philosophie de vie ou un objectif politique. Cependant, il serait bon que les nombreux détracteurs de l'austérité dont l'Europe est accusée de paresse nous disent quelles recettes nous conviennent pour reprendre une voie décente de développement. Revenons-nous à des dépenses publiques faites de tant de cadeaux à droite et à gauche et de peu d'investissements ? Ou devrions-nous emprunter une voie de réformes comme celles suggérées par Bruxelles (et que nous devrions faire même sans suggestions extérieures) ? Mais le pays est-il vraiment contrôlable avec ces règles ou faut-il les changer ?
Aujourd'hui, le gouverneur de la Banque d'Italie Ignazio Visco n'aura pas la tâche facile. Comme toujours l'assemblée de la Banque d'Italie elle offre au pays un moment de réflexion et de stimulation d'une action gouvernementale cohérente avec l'objectif d'une reprise durable de la croissance, malheureusement presque toujours ignorée. Mais cette année, la confusion culturelle et politique ainsi que l'impatience grandissante de personnes qui ne voient pas clair dans leur avenir, obligent le Gouverneur à faire preuve de clarté et de courage. Clarté pour réfuter les nombreuses fausses recettes qui sont avancées en politique sur la relance de la demande intérieure par les dépenses publiques, sur la possibilité de ramener le crédit avec des mesures coercitives sur les banques, sur la possibilité d'éviter ces changements à notre système politique et administratif qui, sans charges pour les finances publiques, faciliteraient grandement notre compétitivité, comme celles de la Justice, qui au contraire sont reportées d'année en année. Mais il faut aussi du courage pour indiquer les recettes qui pourraient s'attaquer aux deux principaux obstacles qui ont cloué l'Italie depuis plus de 15 ans à une faible croissance et maintenant à une récession particulièrement dure et prolongée : une faible productivité et une dette publique élevée.
Ce sont certainement les deux aspects cruciaux de la crise italienne et il n'est certainement pas rassurant que Premier ministre Letta a soigneusement évité d'insister sur ces deux aspects, préférant parler de manière générique de remettre le travail au centre de l'action politique, comme si la réintégration des chômeurs pouvait provenir d'on ne sait quel miracle. Il serait bon d'expliquer d'où vient la faible productivité du système italien et qu'elle se cache surtout dans le secteur public où opèrent les « archi-frères du pouvoir » qui s'emparent des ressources abondantes à des fins privées ou, au mieux, improductives.
Cela ne ferait pas de mal de dire quelques mots sur la nécessité de réduire les dépenses (dire où et comment) pour pouvoir réduire les impôts en commençant par ceux sur le travail et les entreprises et non ceux sur l'immobilier qui existent dans le monde et le manque qui a provoqué en Italie une concentration excessive de l'épargne sur l'immobilier.
Un maximum de clarté est alors nécessaire sur la situation des banques au-delà des assurances habituelles sur leur solidité. S'il est vrai que le crédit ne peut pas redémarrer parce que nos sociétés bancaires ont peu de capitaux et qui plus est érodées par les pertes massives découlant des faillites d'entreprises, comment accélérer les délais de leur redressement ? Parmi les différentes propositions, celle qui semble désormais prévaloir est celle de demander une recapitalisation de la Caisse d'épargne européenne comme l'a fait l'Espagne. Cela passerait par la signature d'un mémorandum d'intention sur les réformes à mettre en œuvre dans certains délais, qui sont toujours les mêmes dont on parle depuis des années et qui concernent le marché du travail, la justice, l'accroissement de la concurrence, la réforme fiscale, le système bancaire système et le contrôle des dépenses publiques. Il est difficile de penser que les Italiens seraient mécontents si nous faisions finalement ces réformes sous l'impulsion de Bruxelles plutôt que sur l'initiative indépendante de notre Parlement.
En ce qui concerne la dette publique, ce ne serait pas mal si le gouverneur prononçait quelques mots sur la possibilité de la réduire avec une initiative extraordinaire de vente d'actifs publics aux investisseurs immobiliers mais aussi aux entreprises, y compris trop d'entreprises détenues par des autorités locales qui opèrent en dehors de la concurrence et souvent de manière inefficace.
Enfin l'Europe. Cela dit, nous devons refuser l'excuse d'attribuer tous nos problèmes à Bruxelles ou à Mme Merkel, nous devons également préciser que beaucoup de choses ne vont pas dans cette Europe. L'unification bancaire progresse trop lentement, le soutien à l'investissement est trop modeste, le marché des services n'est pas unifié. Avant tout, il faut dire clairement aux Allemands qu'il n'est pas possible de maintenir éternellement un modèle d'économie basé uniquement sur les exportations et donc sur l'accumulation d'importants excédents dans la balance commerciale. Ils ont raison lorsqu'ils disent que la reprise de l'industrie s'est faite grâce aux sacrifices consentis dans une certaine mesure par tous les citoyens et qu'ils disent que d'autres pays aussi doivent suivre cette voie, mais ils ont tort de continuer avec l'austérité dans leur budget et sur les hausses de salaires alors qu'ils pourraient plus courageusement relancer la demande intérieure.
Bref, un gros effort est nécessaire de la part de Visco pour démontrer que les raccourcis faciles invoqués par une grande partie de l'opinion publique seraient en réalité contre-productifs et annuleraient les sacrifices consentis ces deux dernières années, mais surtout pour indiquer une issue possible capable d'apporter des résultats satisfaisants pour tout le pays et surtout pour les nombreux jeunes soucieux de leur avenir.
