Sortir un pays important de la monnaie unique (comme l'Italie) pour faire sauter toute l'union monétaire européenne a toujours été l'objectif des États-Unis ; à la fois pour permettre au dollar de concurrencer (et de spéculer sur l'arbitrage des taux de change) avec de nombreuses devises faibles au lieu d'une monnaie unique (l'euro) et pour attirer des capitaux vers la place financière américaine et renforcer la bourse de Wall Street, déstabilisant le marché européen des capitaux du risque et de la dette en faveur de l'économie américaine. Rien de nouveau sous le soleil, The Donald docet. Ce qui est surprenant, c'est que le prestigieux prix Nobel Joseph Stiglitz (qui s'est toujours opposé poliment à la monnaie unique) s'est également mêlé de l'interview d'Il Sole 24 Ore le 7 juillet dernier, car on y verra le véritable mentor de quelques bavards représentants de la Ligue et des grillini.
Dans l'entretien avec Il Sole, après avoir mentionné que la clause Italexit commence à être introduite dans les contrats internationaux rédigés par les cabinets juridiques, Stiglitz énumère toutes les réformes structurelles que l'UE n'a pas adoptées : garantie unique sur les dépôts, partage des risques, etc., etc. Mais cette liste semble avoir été faite dans le seul but d'ajouter que « les réformes structurelles prennent beaucoup de temps et ne résolvent pas les problèmes immédiatement. En effet, ils peuvent même peser sur la croissance économique à court terme ». Les références à la responsabilité de l'Allemagne (« il devrait comprendre ça » dit Stiglitz) vont tout à fait dans le sens de Donald qui espère aussi que l'Allemagne augmentera les salaires pour augmenter la consommation intérieure, et réduira la compétitivité de ses produits sur le marché américain. En d'autres termes, ce qui serait bon pour l'UE serait également très bon pour les États-Unis.
Sans qu'on pose à Stiglitz la question la plus évidente, à savoir ce qu'il adviendrait de l'UE si un grand pays quittait la monnaie unique, Stiglitz lui-même propose à l'Italie, étant donné que les traités ne prévoient même pas de procédure, que "la monnaie l'échange doit se faire très rapidement (…) avec une décision unilatérale ». Elle semble remonter au débat qui a opposé la nomination de Paolo Savone au poste de ministre de l'Économie et des Finances et à la considération que tout cela pourrait être assimilé à un coup d'État non pas par des moyens militaires mais par des moyens financiers. Pas mal si, souligne également Stiglitz, mais sans se poser le problème des conditions de retour, "l'Italie pourrait éviter les marchés pendant un moment puisqu'elle a un taux d'épargne des ménages élevé". Notez que dans ce cas aussi, ce sont des propositions que nous avons déjà entendues du sous-secrétaire de la Ligue du Nord, Armando Siri. Mais si ce n'est pas l'Italie qui détruit l'UEM, au profit des marchés américains, alors la "voie médiane" pourrait être suivie, c'est-à-dire "ce pourrait être l'Allemagne qui sort de l'euro". Vive le Donald.
