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La Wallace Collection en guerre : quand l'art devient un outil diplomatique

Cette page extraordinaire de l'histoire sera au cœur de l'exposition gratuite « La collection Wallace en guerre », visible jusqu'au 25 octobre 2026, qui retracera le rôle inattendu du musée pendant la Seconde Guerre mondiale à travers des documents d'archives, des photographies, des catalogues et des œuvres originales exposées en 1942.

La Wallace Collection en guerre : quand l'art devient un outil diplomatique

En 1939, alors que la Grande-Bretagne se préparait aux effets dévastateurs de la guerre, Hertford House, siège historique de la Wallace Collection à Londres, connut une transformation sans précédent. Les œuvres emblématiques du musée furent évacuées pour les protéger des bombardements, les galeries vidées et les espaces temporairement convertis en lieux d'exposition dédiés à la propagande culturelle et au renforcement des relations avec les alliés de la Grande-Bretagne.

Un musée vidé de ses œuvres

Au début de la guerre en septembre 1939, les chefs-d'œuvre de la Wallace Collection furent rapidement mis à l'abri hors de Londres. Les grandes toiles, dont des œuvres monumentales de François Boucher, furent entreposées en lieu sûr à Hall Barn, dans le Buckinghamshire, tandis que d'autres furent transférées à Balls Park, dans le Hertfordshire, puis à West Wycombe Park. Sous la direction de James Mann, le personnel du musée consacra les années de guerre à la protection des collections dispersées, subissant des déménagements incessants et le risque permanent de dégâts liés au Blitz. L'exposition présente des photographies d'époque témoignant à la fois de la dévastation de Londres et des insolites entrepôts improvisés dans les demeures de campagne anglaises.

L'art au service de la guerre

Le musée étant vide, le ministère britannique des Travaux publics réquisitionna les galeries pour y organiser des expositions liées à l'effort de guerre. La première, Artistes Aid RussieInaugurée le 1er juillet 1942, l'exposition fut l'un des plus importants projets collectifs de l'art britannique pendant la guerre. Organisée par le Central Institute of Art and Design avec le soutien de 23 associations artistiques, elle réunissait 904 œuvres d'artistes contemporains, d'Augustus John à Jacob Epstein, en passant par des peintres réfugiés et des membres de l'Artists International Association. Sculptures et peintures emplissaient chaque espace de la Wallace Collection, y compris les grands escaliers. La moitié des recettes des ventes fut reversée au fonds « Aide à la Russie » de la Croix-Rouge, soutenu par Clementine Churchill, épouse du Premier ministre Winston Churchill. La cérémonie d'ouverture fut présidée par Agniya Maisky, épouse de l'ambassadeur soviétique Ivan Maisky, que Churchill décrivit dans son discours comme « la femme soviétique par excellence ».

Les œuvres symboliques du conflit

L'exposition rassemble quelques-unes des œuvres les plus représentatives de cette exposition historique de 1942. Parmi celles-ci :

  • Raid aérien à Londres par Carel Weight, une représentation troublante d'un raid aérien sur Londres ;
  • Soldats russes par Charles Murray ;
  • Lithographies d'Ethel Gabain consacrées au travail des femmes pendant la guerre ;
  • Images d'Arthur Shearsby montrant les dégâts causés au palais de Westminster ;
  • le célèbre portrait en bronze de l'ambassadeur Ivan Maisky, sculpté par Jacob Epstein.

Sont également exposés des affiches et des catalogues conçus par l'artiste réfugié Henri Kay Henrion, témoignant du rôle fondamental du graphisme dans la mobilisation propagandiste de l'époque.

La propagande soviétique dans les salles de la Wallace Collection

En novembre 1942, Hertford House a accueilli une deuxième exposition, Vingt-cinq ans de progrèsTrès différente de sa prédécesseure, cette installation, conçue par l'architecte moderniste Ernö Goldfinger, transformait les salles du musée en un vaste espace de propagande visuelle soviétique. Drapeaux, cartes, diagrammes et photomontages célébraient les succès de l'Union soviétique depuis 1917, dénonçaient les atrocités nazies et soulignaient le sacrifice partagé des citoyens britanniques et soviétiques. D'immenses portraits de Joseph Staline dominaient l'espace central, aux côtés de ceux de Winston Churchill et de Franklin D. Roosevelt, dans une puissante représentation symbolique de l'unité des Alliés.

« Les musées peuvent influencer la société »

Selon Alison Smith, conservatrice et directrice des collections et de la recherche à la Wallace Collection, ces expositions démontrent que « même dépouillée de ses trésors, Hertford House est restée un lieu d'échanges et de rapprochements ». « Ces expositions », explique-t-elle, « nous rappellent que les musées ne sont pas seulement des dépositaires d'œuvres d'art, mais aussi des espaces civiques capables d'influencer la perception du public en période de grande incertitude nationale. » Xavier Bray, directeur de la Wallace Collection, souligne également le rôle unique du musée pendant le conflit : « Tandis que la National Gallery transférait des tableaux dans les mines galloises et maintenait le moral des troupes grâce à des concerts quotidiens, la Wallace Collection illustre une autre forme d'adaptation culturelle, profondément liée aux impératifs politiques de l'époque. »

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