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Intelligence artificielle et souveraineté technologique européenne : le défi français et le danger d’une mosaïque d’initiatives nationales

Le développement de la téléphonie mobile dans les années 1980 suggère trois axes pour une initiative européenne en matière d'IA : la normalisation technique, un engagement commun des États et des opérateurs en matière d'investissements technologiques, de formation et d'interopérabilité, et l'intégration des initiatives nationales.

Intelligence artificielle et souveraineté technologique européenne : le défi français et le danger d’une mosaïque d’initiatives nationales

VivaTech, la réunion consacrée à l'innovation technologique qui se tient à Parigi, a été cette année la grande étape du projet français d'accélération du recouvrement de la souveraineté dans le domaine deIntelligence artificielleLe message pour leEuropa Cependant, les réactions sont mitigées. D'une part, cela démontre que la présence d'une entité nationale forte comme Mistral et de grands pôles de calcul peut constituer le noyau d'une potentielle plateforme européenne, surtout si elle est associée à des instruments de financement communs, comme le propose Macron. D'autre part, si le projet français aboutit à des solutions institutionnelles et techniques peu interopérables, ou si la gouvernance est perçue par d'autres États membres comme une nationalisation, de facto L’agenda européen crée une incitation à la multiplication des « mini-initiatives nationales » en matière d’IA.

Cela pourrait fragmenter les programmes de développement technologique, dupliquer les investissements dans les modèles de base et, en fin de compte, réduire la masse critique de l'Europe par rapport aux États-Unis et à la Chine – soit exactement le contraire de ce qui est nécessaire.

L’expérience du plus grand exemple de coordination technologique en Europe – le développement de la téléphonie mobile dans les années 1980 – suggère au moins trois piliers pour une véritable initiative européenne en matière d’IA. Premièrement, un niveau élevé de normalisation technique européenne, fondé sur des technologies open source, des protocoles communs et des niveaux de fiabilité et de sécurité partagés, complétant la loi sur l’IA par des normes volontaires, mais fortement incitatives pour ceux qui souhaitent opérer sur le marché unique.

Deuxièmement, un engagement contraignant les États membres et les principaux opérateurs (publics et privés) en matière d'investissements minimaux dans les technologies, la formation et l'interopérabilité, afin de réduire le risque de barrières nationales incompatibles. Enfin, l'intégration des initiatives nationales (telles que les projets français et allemand) dans un cadre de partage de matériel, de logiciels, de données et de programmes, avec une coordination renforcée entre les agences nationales et la Commission. Dans ce cadre, la France peut jouer un rôle de premier plan, mais non celui de « propriétaire » politique de l'IA européenne : la force du modèle GSM résidait justement dans le fait qu'aucun État ne pouvait revendiquer la propriété de la norme.

Le véritable risque n’est pas tant que la France agisse seule que la consolidation d’une mosaïque de stratégies nationales, parfois concurrentes, la coopération se limitant aux fonds européens. Dans ce scénario, l’Europe risque de reproduire la fragmentation des télécommunications analogiques d’avant le GSM : une multitude de solutions, chacune trop petite pour bénéficier d’économies d’échelle significatives, contraintes de s’appuyer sur des infrastructures non européennes. Pour éviter ce scénario, il est crucial que les instruments européens (incubateurs d’IA, fonds, programmes de recherche) fonctionnent comme de véritables pôles supranationaux, et non comme de simples étiquettes pour des projets nationaux déjà définis.

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Le texte publié est le deuxième d'une série d'analyses consacrées à l'intelligence artificielle et à la souveraineté technologique. Franco Bernabé, Président de TechVisory, que FIRSTonline héberge chaque semaine grâce à l'auteur et à la Magazine IA.

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